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Le 11 mai, c’est non ! Et après ?

lundi 4 mai 2020

Dans sa lettre du 29 avril, le SNUipp-FSU, réclame à nouveau « un cadre national de réouverture des écoles validé par les autorités scientifiques et médicales et le temps nécessaire pour engager un travail entre les enseignants, les parents et les élus afin de le décliner localement et le soumettre à l’approbation des conseils d’école ».
Le 12 mai est la date retenue par notre Ministre pour le retour en classe de nos élèves. Pour le SNUipp-FSU cette date bien trop prématurée pour permettre un accueil des élèves et des personnels dans des conditions qui garantissent leur sécurité. Néanmoins, il y a urgence à reprendre le chemin de la classe rapidement. Dominique BUCHETON, professeure honoraire de
l’université de Montpellier, nous alerte sur les conséquences du confinement : « une grave rupture de scolarisation pour près d’un quart des élèves dans les quartiers de grande pauvreté (voir la grosse enquête de la FCPE du Roussillon qui montre que le décrochage monte à près de 12%,
Café pédagogique du 9 avril 2020). Beau succès que cette aggravation des injustices scolaires, cette désespérance accrue pour les élèves et adolescents vivant le confinement dans les conditions les plus difficiles ! ».
En outre, nous avons tous conscience que la continuité pédagogique n’existe que dans la tête de notre Ministre de l’Éducation Nationale. La classe, telle qu’elle existait avant le 16 mars, s’est arrêtée. Depuis la mi-mars on maintient un lien avec certains de nos élèves, guère plus. Nos élèves qui travaillent à domicile sont isolés. Ils ne profitent plus du groupe classe pour progresser.
En effet, l’enseignant s’appuie très fréquemment sur la dynamique du groupe classe pour faire entrer les élèves dans les apprentissages. La confrontation des chemins empruntés par les élèves, pour résoudre les problèmes qui leur sont posés, contribue à l’acquisition des savoirs. C’est ce que dit Stéphane BONNERY : « En général, l’enseignement d’une notion en classe se passe sur
plusieurs temps : des exercices contextualisés pour dégager le savoir de façon décontextualisée.
Ce cheminement vers la formulation des savoirs, se fait souvent à l’oral lors de la correction des exercices. En classe, c’est le moment le plus difficile et cette oralité pose des problèmes. A distance, on laisse cette étape fondamentale des sauts cognitifs à la charge des familles, le risque est grand que beaucoup d’enfants passent à côté. »
Le SNUipp-FSU porte un projet politique ambitieux pour tous les élèves. Il s’agit de faire accéder tous les élèves à un haut niveau de formation tout en réaffirmant qu'ils et elles en sont tous capables. La démocratisation de la réussite scolaire porte l'exigence d'une école pour toutes et
tous, empreinte des valeurs de justice, de partage et de solidarité et nécessite que soit placée au centre du système éducatif la réussite des élèves des milieux populaires, pour permettre la réussite de toutes et tous. Pour que tous les individus accèdent à une citoyenneté libre et éclairée qui leur permette d’agir sur le monde, l’école doit mettre fin aux déterminismes socio-économiques, culturels, territoriaux et viser la réussite collective autant qu'individuelle.

La crise sanitaire que nous vivons ne doit pas nous faire perdre de vue notre projet éducatif. C’est pourquoi un retour en classe des élèves sur la base du volontariat, comme le prévoit le Gouvernement, est inacceptable. C’est prolonger une situation qui génère des inégalités sociales et scolaires. En Norvège où les cours ont repris, 38% des familles ont fait le choix de garder leurs enfants. Mais ce taux est de deux à trois fois plus élevé parmi les familles les plus démunies. La fréquentation de l’École ce n’est pas quand on veut, comme on veut. L’instruction est encore, jusqu’à preuve du contraire, obligatoire de 3 à 16 ans en France et l’École publique est le meilleur
lieu pour l’acquérir.
Notre revendication doit être le retour à l’École de tous les élèves le plus rapidement possible dans des conditions qui garantissent la santé des personnels et des élèves. Retour rapide ne signifie pas de confondre vitesse et précipitation. Cela implique de prendre le temps d’échanger
avec nos IEN, les collectivités territoriales, nos pairs et l’ensemble des personnels qui constitue l’équipe éducative. Et si d’aventure le COVID 19 est toujours là en juin ou à la rentrée de septembre, pouvons-nous accepter que la situation actuelle perdure ? Ce qui se met en place insidieusement sous nos yeux, en profitant d’une crise sanitaire, c’est l’instauration d’une École à
plusieurs vitesses.
Pour scolariser correctement tous nos élèves, il faut des locaux adaptés, des enseignants recrutés en nombre suffisant, une formation de haut niveau, des RASED complets sur tout le territoire, du temps pour réellement travailler en équipe et du matériel (sanitaire, pédagogique) pour fonctionner. L’argent de l’École est un vrai sujet qui doit être remis sur la table si on a la volonté de s’attaquer, enfin, aux inégalités sociales et territoriales. Doit-on encore accepter que les disparités entre les écoles les mieux dotées et celles qui le sont le moins soient dans des proportions de 1 à 10 ? D’aucuns réclament des états généraux de l’École, oui ils seraient vraiment les bienvenus.

Yves-Marie JADÉ
Secrétaire Départemental du SNUipp-FSU Nord

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